Archives de catégorie : Physiologie

Nerfs crâniens généralités – 2 –

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Il est classique d’aborder les nerfs crâniens en commençant par une étude précise de leurs noyaux d’origine ; comme indiqué en page  » Nerfs crâniens – 1 – Généralités  » .

Si ce terme est adapté pour les nerfs moteurs il l’est moins pour les nerfs sensitifs puisqu’ils correspondent alors à la terminaison des fibres sensitivo-sensorielles avant le transfert des influx vers le cortex sensitif ; nous garderons cependant cette habitude qui s’avère finalement commode pour décrire le point de départ ou d’arrivée apparent des nerfs crâniens vers ou à partir de la périphérie .

Pour bien se repérer dans les noyaux et les nerfs sur les deux figures:
en rouge les noyaux et fibres motrices
en bleu les noyaux et fibres sensitives ou sensorielles (organes des sens)
en vert les noyaux et fibres neurovégétatives ( motrices et sensitives) destinées aux structures et organes hors du contrôle volontaire

La FIG. A donne la sortie exacte des nerfs crâniens du tronc cérébral

La FIG.B la situation exacte des noyaux et la sortie approximative des nerfs correspondants

Il s’agit donc des nerfs du côté gauche , le schéma de gauche correspondant au tronc cérébral vu de face , celui de droite vu par en arrière et donnant un agrandissement net de l’ensemble du tronc cérébral indiqué par les deux lignes pointillées obliques.

 

nerfs craniens généralités 2 milieu

 

Deux nerfs méritent donc un traitement particulier : le I ou nerf olfactif et le II ou nerf optique ; ces deux nerfs sont représentés sur la FIG.A correspondant à un hémisphère (ici le gauche) vu par sa face inférieure et au tronc cérébral par sa face antérieure les deux structures étant articulées par un angle toujours supérieur à 90° ; ces deux nerfs, I et II , n’ont pas de noyau d’origine .


I, II, III, IV, V , VI, VII, VIII, IX , X , XI, XII


 

Le nerf olfactif (I) nait en effet de récepteurs olfactifs situés à la partie supérieure des fosses nasales (voir page olfaction) et le nerf proprement dit est fait des multiples fibres nerveuses qui traversent la lame criblée de l’ethmoïde (voir structures osseuses) pour se terminer dans une formation ovoïde le bulbe olfactif (bo) qui se trouve au contact de la face inférieure du lobe frontal (LF) tout près de son bord médian ; les fibres sensorielles y font relais et l’influx se poursuit par le tractus olfactif (to) pour se terminer à la fois dans le lobe temporal , près de sa pointe et dans la commissure antérieure où il se connecte avec les influx venant du côté opposé ; les voies olfactives sont les seules à n’avoir aucun relais dans le thalamus.

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II nerf optiqueLe nerf optique (II) nait de la rétine et conduit les influx sensoriels visuels jusqu’au cortex visuel primaire situé sur le lobe occipital tout à l’arrière de chaque hémisphère ; dans ce trajet il s’unit à son homologue du côté opposé formant le chiasma optique (cho) juste au devant de l’hypophyse (h) ; il se continue avec le tractus optique envisagé avec les pages consacrées à la vision.

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III nerf moteur oculaire communLe III (nerf moteur oculaire commun) nait de son noyau moteur (en rouge) situé à la partie postérieure de l’étage des pédoncules cérébraux, près de la ligne médiane , accompagné d’un noyau du système neurovégétatif (en vert ); sa partie motrice est responsable de l’innervation de 4 des 6 muscles moteurs du globe oculaire et sa partie neurovégétative du muscle ciliaire (qui agit sur l’accommodation) et du sphincter de la pupille ; il sort du tronc cérébral juste au dessus de la protubérance (P)

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Le IV nerf trochléaire(anciennement nerf pathétique) innerve le muscle grand oblique du globe oculaire le faisant tourner vers le bas et le dehors; son noyau d’origine purement moteur se trouvant un peu au dessous du précédent ; sa sortie est originale car c’est la seule à se faire à la face postérieure du tronc cérébral près de la jonction pédoncules cérébraux -protubérance ; puis tournant autour de la base du pédoncule cérébral controlatéral il apparait (IV) un peu en dehors du III. Mais ce croisement postérieur fait que celui vu sur cette FIG.A vient en fait du noyau droit .

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Le V nerf trijumeau nait d’un immense noyau (noyau du trijumeau (-nt-) présentant une partie renflée à la partie postérieure de la protubérance (noyau principal ) et deux formations attenantes , l’une vers le haut et l’autre vers le bas , représentant la hauteur presque complète du tronc cérébral ; il est essentiellement sensitif pour toute la partie antérieure de la tête ,sinus, dents, maxillaire , mandibule et langue non sensorielle (cad sans le goût )comprise. Il est accompagné d’un nerf moteur destiné aux muscles de la mastication ; avant de pénétrer dans la protubérance les ganglions de ses trois composantes sensitives sont groupées pour former une excroissance importante le ganglion trigéminal (ggt).

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VI nerf moteur externeLe VI nerf moteur externe , uniquement moteur , innerve le seul muscle droit externe du globe oculaire ; il fait tourner l’oeil vers le dehors ; son noyau se trouve  à la partie basse de la protubérance près de la ligne médiane  il sort à la jonction bulbo-protubérantielle (cad entre bulbe rachidien (BR) et protubérance (P) près de la ligne médiane.

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Le VII nerf facial , nerf mixte , nait pour sa composante motrice en dehors du noyau du VI ; mais ses fibres intra-tronculaires en font le tour d’arrière en avant et le nerf émerge à la partie latérale de la jonction bulbo-protubérantielle ; il est formé en plus d’une partie sensorielle (en bleu) issu du noyau dit solitaire (ns) qu’il partage avec le IX et le X ; et d’une partie neurovégétative (en vert )issue du noyau salivaire (nsa) supérieur ; sa partie motrice est destinée à la presque totalité des muscles de la face ; sa partie sensorielle à l’innervation de la partie antérieure de la langue et du voile du palais ; sa partie neuro-végétative à 2 des 3 glandes salivaires et aux glandes lacrymales.

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Le VIII nerf vestibulo-cochléaire (anciennement auditif) est un nerf purement sensoriel composé de deux nerfs joints (séparés artificiellement sur le schéma) : le nerf cochléaire (pour l’audition) et le nerf vestibulaire (pour l’équilibration) ; ils naissent de noyaux situés à l’angle latéral de la jonction bulbo-protubérantielle : le noyau vestibulaire (v) est large et étendu en haut , en bas et latéralement vers le dehors ; les deux noyaux cochléaires (c) se situent de part de d’autre ; le nerf émerge juste au dessous du VII.

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IX nerf glosso-pharyngienLe IX nerf glosso-pharyngien est également mixte , sa partie motrice nait d’un noyau commun avec le X : le noyau ambigu (na ) et sa partie sensorielle du noyau solitaire (ns) ; il a également une partie neuro-végétative naissant du noyau salivaire (nsa ) inférieur ; sur le plan moteur c’est en partie un nerf moteur du pharynx donc de la déglutition (qu’il partage avec le X) ; sensoriel (goût) pour la partie postérieure de la langue et du voile du palais ; neuro-végétatif pour la sécrétion salivaire de la glande parotide; il émerge du bord latéral du tiers supérieur du bulbe rachidien (BR).

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Le X nerf pneumogastrique a une composant motrice volontaire majeure : c’est en effet le nerf des cordes vocales , donc de la phonation ; il partage la motricité du pharynx (déglutition) et sa sensorialité avec le IX  ; sur le plan sensitif pur il se limite à une petite partie du pavillon de l’oreille et du conduit auditif externe ; par contre son action neurovégétative est primordiale ; il est le support essentiel du système parasympathique qui étend son activité tant motrice que sensorielle sur l’appareil respiratoire , le cœur et une très grande partie du tube digestif ; ceci explique le volume important de son noyau neuro-végétatif représenté par le noyau dorsal du vague (ndx) ; il tire son activité motrice volontaire du noyau ambigu (na) et son activité sensitive du noyau solitaire (ns). Il sort du bulbe au dessous du IX.

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Le XI nerf spinal uniquement moteur nait de plusieurs noyaux ; un noyau bulbaire situé à la base du bulbe et de noyaux médullaires (moelle épinière ) sous-jacents ; il innerve des muscles importants de la face latérale du cou et d’une partie du dos .

 

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Le XII nerf hypoglosse est essentiellement le nerf des muscles moteurs de la langue ; il nait d’un noyau situé en dedans du noyau dorsal du vague et sort par plusieurs racines dans le sillon situé en arrière des pyramides bulbaires (pb).

 

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Nerfs crâniens généralités -1-

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Les nerfs crâniens sont ainsi appelés car ils naissent et parcourent au moins une partie de leur trajet dans la boite crânienne ; ils en sortent par des orifices situés pour la plupart dans la base du crâne, isolément ou accompagnés par d’autres éléments anatomiques.

Ils sont à première vue les équivalents des nerfs rachidiens qui véhiculent les fibres motrices, sensitives et neuro-végétatives destinées au reste du corps ; cependant si ces derniers sont d’une remarquable uniformité il n’en est pas de même pour les nerfs crâniens : en effet certains sont moteurs, d’autres sensitifs, ou encore moteurs et sensitifs à la fois ; dans le domaine sensitif certains sont de type périphérique, comme les nerfs rachidiens, d’autres sont sensoriels cad associés aux organes des sens ; pour compliquer les choses ceux qui ont un trajet extra-crânien échangent parfois des fibres entre eux, ce qui rend leur étude anatomique assez complexe.

Ils sont au nombre de 12 de chaque côté et classiquement répertoriés en chiffres romains (donc de I à XII).

Il ne sera question dans ces généralités que :

    • de leur origine (pour les nerfs moteurs) et
    • de leur terminaison (pour les nerfs sensitifs et sensoriels) et
    • des rapports entre ces noyaux et les cortex moteur et sensitivo-sensoriel..

Pour faciliter la compréhension de ces rapports on a juxtaposé deux coupes frontales (Fig A B), l’une passant par le cortex moteur primaire (CMP) et l’autre par le cortex sensitif primaire (CSP), donc deux coupes légèrement décalées dans la plan antéro-postérieur ; on a gardé la couleur rouge pour ce qui est moteur et bleu pour ce qui est sensitif ou sensoriel ; les schémas sont simplifiés à l’extrême, loin de la réalité mais permettent de comprendre l’organisation générale.


Fig A B

Sur cette double planche n’apparaissent que les dix derniers nerfs crâniens (de III à XII) car les deux premiers sont très particuliers et seront vus à la page  » Nerfs crâniens – 2 – Généralités « .

 


FIG A

 

La FIG A s’intéresse donc à l’origine corticale des influx moteurs qui leur sont destinés et à leurs noyaux d’origine : la coupe passant par le cortex primaire moteur, la région en rose correspond aux fibres motrices des neurones pyramidaux du reste du corps (voir motricité voies pyramidales), la région rouge aux fibres issues du cortex moteur correspondant à la tête, une partie du cou, le pharynx et le larynx ; ces fibres sont fonctionnellement équivalentes et très proches anatomiquement des premières mais quand elles s’engagent dans la capsule interne (CI) entre noyau caudé (NC) et thalamus (TH) d’une part et noyau lenticulaire (NL) d’autre part elles se détachent de la voie pyramidale (ou fcs pour faisceau corticospinal) pour former un cordon à part : le faisceau cortico-nucléaire (ou fcn) qui passe en avant de lui à hauteur du genou de la capsule interne, d’où son nom de faisceau géniculé (fg) ; en effet une vue en coupe horizontale de l’hémisphère correspondant passant à hauteur de la ligne verte montre que cette capsule interne a un bras postérieur (bp) qui contient le fcs, un bras antérieur (ba) et un genou (g) par où passe le fcn ou faisceau géniculé (fg)

 


FIG A’

À la hauteur des pédoncules cérébraux (PC) le faisceau géniculé donne de nombreuses branches qui traversent la ligne médiane pour rejoindre les noyaux d’origine des nerfs crâniens du côté opposé exactement comme le fait le faisceau pyramidal plus bas en changeant de côté à la base du bulbe rachidien; ainsi ici l’hémisphère droit (la coupe étant vue de face donc en vis à vis) va entrer en relation avec les noyaux des nerfs crâniens qui innerveront la moitié gauche des structures concernées de la tête et du cou.

De haut en bas se détachent à hauteur des pédoncules cérébraux (PC) les noyaux du III et du IV ; de la protubérance (PR) ceux du V, du VI et du VII, du bulbe rachidien (B) ceux du IX, X, XI et XII. Noter l’originalité du IV qui change de côté après son origine le ramenant vers celui de son hémisphère de commande.

Enfin le faisceau géniculé envoie également souvent des fibres aux noyaux du côté homolatéral (du même côté) ce qui explique que des attentes corticales controlatérales puissent laisser un fonctionnement au moins partiel de certains nerfs crâniens moteurs du côté opposé ; ceci est constant pour le VII (nerf facial) qui garde une partie de ses fonctions en cas d’atteinte du cortex opposé.

 


La FIG-B

 

La FIG B montre les fibres sensitivo-sensorielles qui pénètrent le tronc cérébral sur toute la hauteur du bulbe et de la protubérance ; le corps cellulaire des neurones qui les constituent forment des renflements appelés ganglions situés à une distance plus ou moins proche de la zone de pénétration.

On peut noter ainsi les 3 ganglions pour les des 3 branches du V qui fusionnent en un ganglion unique ; ceux du VIII ne sont pas visibles ici car au contact des organes sensoriels d’origine ; puis ceux des VII, IX et X sont indiqués.

Ces fibres font relais dans des noyaux sensoriels particulièrement étendus que certains nerfs partagent entre eux ; les fibres qui en sont issues croisent la ligne médiane pour se diriger vers le noyau ventrolatéral du thalamus (nvl), comme le font les fibres du système lemniscal pour le reste du corps (voir sensibilité périphérique 3) ; elles font relais avec les fibres thalamo-corticales (ftc) qui conduisent l’influx sur le cortex sensitivo-sensoriel correspondant à la tête, au pharynx et au larynx.
Il faut cependant noter une exception pour le VIII (nerf auditif) dont la composante cochléaire pour l’audition se dirige vers un satellite postérieur du thalamus et dont les fibres relais se dirigent vers le cortex auditif primaire (cap) situé sur la première circonvolution temporale. Une particularité complémentaire pour ces fibres auditives étant que certaines montent du même côté que leur noyau d’origine vers le cortex auditif ipsilatéral.

 


FIG B’

Sur une vue en coupe horizontale (FIG B’) passant par la ligne verte d’un schéma précédent (Fig B), on voit, en bleu, l’ensemble des fibres sensitives montant dans les deux bras et le genou de la capsule interne (il s’agit là des fibres lemniscales venant du reste du corps) auxquelles viennent s’ajouter les fibres thalamo-corticales ayant fait relais avec celles venant des noyaux et quittant le noyau ventro-latéral du thalamus (nvl) pour se diriger vers le cortex.

 


En comparant la figures A et la figure B on peut facilement identifier les nerfs crâniens mixtes (cad moteurs et sensitivo -sensoriels) : les V, VII, IX et X.

 


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La vision – C- Motricité oculaire

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Deux motricités oculaires sont à décrire : la motricité extrinsèque ou oculomotricité (mouvements de l’oeil dans l’orbite) et la motricité intrinsèque participant au processus optique nécessaire à la bonne focalisation des images sur la rétine (l’accommodation). Ces deux motricités fonctionnent en synergie.

1- L’oculomotricité

a) Les muscles oculomoteurs

L’ oculomotricité est assurée par les muscles extrinsèques de l’œil (au nombre de 6).

Figurés sur la fig 19 nous leur avons donné une couleur différente selon les 3 nerfs moteurs qui les activent :
brun foncé pour les muscles innervés par le nerf moteur oculaire commun (ou III -troisième paire)
rouge pour celui innervé par le moteur oculaire externe (VI)
orange pour celui innervé par le nerf trochléaire (IV) autrefois appelé pathétique

Un muscle supplémentaire apparait sur cette figure : le releveur de la paupière supérieure ( RPS ) innervé également par le III ; il a la même insertion que les muscles oculomoteurs sur l’anneau tendineux commun (ATC)  et se termine sur une structure cartilagineuse (le tarse de la paupière supérieure -tps-) ainsi que sur sa partie molle . Il est aussi partiellement animé par un contingent végétatif  (automatique) qui renforce sa contraction volontaire. On ne représentera plus ce muscle sur les schémas suivants car il n’a pas de fonction dans l’oculomotricité.

Muscles innervés par le III ( RPS excepté) : le droit supérieur (DS) qui fait tourner l’oeil vers le haut ; le droit médial ( DM ) -ou droit interne – vers le dedans ; le droit inférieur ( DI) vers le bas et le petit oblique (PO) vers le haut et le dedans.

Muscle innervé par le IV : le grand oblique (GO) fait tourner l’œil vers le bas et le dedans donnant un regard un peu tragique qui a peut-être valu à son nerf moteur le nom de pathétique aujourd’hui presque abandonné.

Muscle innervé par le VI : le droit latéral (DL) ou droit externe tournant l’œil vers l’extérieur et qui sert de premier relais dans le regard binoculaire horizontal (voir infra).

La fig 20 montre les différentes positions d’un œil (ici le droit) en fonction de l’action musculaire unique ou associée de ses muscles ( dex : droit externe ou latéral , din : droit interne ou médial , ds : droit supérieur , di : droit inférieur , po : petit oblique , go : grand oblique.

 

 

b) Les nerfs oculomoteurs

La fig 21 montre les noyaux d’origine et les trajets des 3 nerfs oculomoteurs :

 

 

Le III (brun foncé) ou nerf moteur oculaire commun a son noyau d’origine dans le mésencéphale (ou pédoncule cérébral –PC- ) du tronc cérébral ; ce noyau est assez étendu et multiloculaire compte tenu du nombre de muscles qu’il innerve ; il est accompagné de filets neurovégétatifs d’origine parasympathique (en vert) à destination de muscles intrinsèques (voir infra ), raison pour laquelle son trajet n’a pas été rapporté sur la fig 21; il sera vu ultérieurement.

Le IV (orange ) ou nerf trochléaire a son noyau d’origine à la partie haute de la protubérance (P) ; son trajet est particulier : c’est le seul nerf crânien à croiser la ligne médiane et à sortir du tronc cérébral à sa face postérieure.

Le VI (rouge) ou nerf moteur oculaire externe a son noyau d’origine dans la protubérance mais nettement au dessous du précédent ; son trajet oblique vers le bas dans le tronc cérébral le fait sortir à la jonction protubérance (P) bulbe rachidien (BR) .

Ces trois nerfs ont un trajet intracrânien qui les les met en contact avec le sinus caverneux (SC) – système veineux de la partie paramédiane et antérieure de la base du crâne , et donc avec le crochet intra-caverneux de la carotide interne -CI-

Les trois traversent l’anneau tendineux commun (ATC) pour se terminer sur les corps musculaires de leurs muscles correspondant dans la cavité orbitaire ; ces divisions terminales sont juste suggérées pour ne pas surcharger le schéma ; les différentes couleurs des muscles et des nerfs doivent permettre de se repérer.

La fig 22 est une coupe frontale passant par la ligne pointillée verticale de la figure 21 :

la selle turcique (ST) est réhaussée grâce aux expansions latérales des sinus caverneux (SC) ce qui crée une logette pour l’hypophyse (H ); plus en haut on trouve la coupe du chiasma optique (CO) et plus à distance les lobes cérébraux; la carotide interne (CI) est retrouvée deux fois en coupe ; le III et le IV sont l’un au dessus de l’autre dans le haut de la paroi latérale du sinus caverneux ; dans le bas se trouvent deux nerfs sensitifs appartenant au trijumeau (V) : le nerf ophtalmique (nop) sensitif pour l’ensemble de la cavité orbitaire et pour une partie de la face et le nerf maxillaire (nm) pour la sensibilité de cet os et des structures adjacentes; le VI circule dans le sinus caverneux lui-même et sur ce niveau de coupe au dessous de la carotide interne.

c) Mouvements oculaires associés dans la vision binoculaire

1°) Mouvements de latéralité :
Ils correspondent à la déviation conjuguée des yeux vers la droite ou la gauche sur un axe horizontal (fig23) ;

ils sont mis en action par une zone de la substance grise de la région protubérantielle ( P sur la coupe horizontale ) faisant partie de la formation réticulée et dont les corps cellulaires se groupent dans un noyau appelé formation réticulaire pontique paramédiane ( FRP sur le schéma ou FRPP) ; il existe une FRP de chaque côté de la ligne médiane ; les signaux visuels qui la stimule viennent du colliculus supérieur (voir infra) ; située juste à côté du noyau du VI la FRP lui communique sa stimulation ; ce dernier noyau envoie des influx à la bandelette longitudinale postérieure (-BLP-cordon nerveux situé très près de la ligne médiane) mais du côté opposé car la bandelette croise la ligne médiane; ce cordon transmet donc ses influx au noyau du III du côté opposé ce qui provoque l’abduction (direction latérale externe) d’un œil (ici le droit sur la figure) et l’adduction (direction médiale ou interne de l’œil opposé (ici le gauche ) ; ainsi les deux yeux se déplacent dans la même direction (on parle de mouvements conjugués) pour explorer au mieux un grand champ visuel latéral (ici droit).

2°) Mouvements de verticalité
Ils concernent les mouvements conjugués des globes oculaires vers le haut ou vers le bas ; ils dépendent d’une formation réticulée (non figurée ici) située à proximité des noyaux du III et du IV à hauteur des pédoncules cérébraux (PC) , les muscles du III et du IV étant impliqués dans ces mouvements .

3°)Mouvements de convergence
Ils sont d’une grande importance dans la vision de près ; en effet il permettent une rotation médiane (interne) des deux yeux pour amener les deux fovéas dans l’axe de la cible à visualiser ; eux aussi sont en rapport avec la mise en action des noyaux réticulés proches des noyaux des III , chacun permettant la mise en tension du droit interne correspondant.

d) Fixations, saccades et dérives

Qu’elle soit volontaire ou réflexe la fixation consiste à orienter puis porter le regard sur une cible donnée (cf infra) ; le temps de fixation est évidemment variable en fonction de l’intérêt que l’observateur porte à la cible ; dans le temps de fixation il se passe néanmoins des phénomènes moteurs oculaires qui passent le plus souvent inaperçus : les saccades et des dérives.
Les saccades correspondent à de brusques variations d’orientation du regard pour explorer un champ visuel plus ou moins vaste ; si il est très vaste on peut parfaitement ressentir soi-même ce mouvement des yeux qui se fixent sur des éléments assez distants les uns des autres ; quand le champ est moins vaste comme par exemple sur la fig.24

l’observation d’un tableau avec un sujet limité ce ressenti est beaucoup moins net , voir complètement absent et d’autant plus si l’attention est captivée; or des expériences ont montré que même pour l’observation d’un espace limité le regard est en perpétuelle activité, ne cessant de passer d’un point à un autre; la période très courte qui correspond à ce passage est donc une saccade pendant laquelle la fixation s’interrompt , mais ce temps est tellement court que le cerveau n’a pas le temps de l’enregistrer et qu’il passe inaperçu ; quant aux points de fixation ils varient suivant le temps d’observation et l’intérêt particulier que lui porte l’observateur; pour un portrait comme celui du dessin ils seront en général beaucoup plus nombreux pour les parties caractéristiques du visage, mais tout dépend de l’intérêt particulier du spectateur.

les dérives
Pour comprendre les dérives il faut prendre l’exemple de l’observation d’un champ très petit qui pourrait correspondre sur notre dessin à la perle de la jeune fille ; on pourrait croire que le regard ne peut s’échapper du point de fixation ; or il n’en est rien comme le montre la fig 25 :

imaginons le rond correspondant à la surface de la perle et le regard entrant en E dans ce micro-champ ; contrairement à ce que l’on peut penser il ne cessera de modifier sa direction dans ce champ très étroit , chaque point de fixation étant suivie d’une dérive du regard , puis d’une saccade amenant à un nouveau point de fixation , puis à une nouvelle dérive ; puis à une nouvelle fixation …. Jusqu’à ce que le regard quitte enfin la cible examinée (S) ; on pense que cela pourrait être lié à une fatigue assez rapide de la chaine sensorielle qui va de la rétine au cortex visuel lorsqu’un point de fixation est capté par le regard ; en effet si on s’oblige à garder le regard fixe sur un point particulier on constate qu’au bout d’un temps assez court le regard « se brouille » ne permettant plus une vision nette et sollicitant un autre point de vue ; la saccade est alors tellement courte qu’elle ne peut être perçue que par une attention intense.

Ces observations montrent à quel point la vision est un processus actif et n’est possible que par un déplacement continuel du regard.

e) Mouvements oculaires volontaires et automatiques

Il y a évidemment une différence entre le fait de fixer les yeux sur un sujet d’intérêt et entre l’apparition inattendue de « quelque chose » dans le champ visuel; ces deux voies conduisent néanmoins à un intermédiaire commun : le colliculus supérieur -CS- (un de chaque côté) situé à la partie dorsale du mésencéphale (ou pédoncules cérébraux) ; c’est lui qui joue l’intermédiaire entre les centres supérieurs et les noyaux réticulaires activateurs des nerfs oculomoteurs (fig 26)

La voie volontaire prend naissance dans une partie limitée de l’aire prémotrice (APM) du lobe frontal : le champ oculomoteur frontal (COMF) ; la voie automatique dans l’aire visuelle 19 du lobe occipital faisant partie des aires visuelles secondaires ; ces deux voies se projettent sur le colliculus supérieur , lequel se projettera sur les noyaux réticulés excitateurs des noyaux des nerfs crâniens : seul est représentée ici la FRP responsable de l’excitation du VI homolatéral et du III controlatéral comme vu plus haut ; si nécessaire cette excitation pourra se transmettre aux nerfs moteurs du cou , voire du tronc pour orienter le regard dans les meilleures conditions .

Il est par ailleurs probable que ces deux voies sont complémentaires et fonctionnent souvent en même temps , les orientations du regard mêlant souvent intention et automatisme ; il faut signaler enfin que l’apparition inopinée d’un stimulus visuel n’est pas le seul à pouvoir exciter le colliculus supérieur , ce dernier étant également sensible au bruit et à des stimulus variés notamment sensitifs.

NB: indiquons deux troubles très particuliers à l’altération de la région du champ oculomoteur frontal : d’une part et en toute logique les difficultés ou l’impossibilité de faire une fixation volontaire sur une cible mais dans d’autres cas la difficulté inverse : l’impossibilité de se libérer d’un point de fixation pour faire une saccade vers une autre cible ; cette captation pathologique cède en principe à un clignement net qui supprime momentanément la vision mais peut être très gênant dans l’enchainement des saccades.

f) Le colliculus supérieur

Les colliculus supérieurs sont deux formations symétriques situés à la partie postérieure et la plus haute du tronc cérébral (voir pages anatomie) ; il reçoit donc les influx des deux voies précédemment citées et semble les recevoir de façon très organisée comme le schéma très théorique de la fig 27 tente de le montrer ;

la division en colonnes présentée ici n’existe pas vraiment dans la réalité mais indique qu’il y a probablement un rapport topographique assez précis entre les différentes parties du champ visuel venant de la rétine (R) et les neurones de sortie vers les muscles oculomoteurs (MOM) de telle sorte que la saccade visuelle provoquée par l’apparition de « quelque chose » dans le champ visuel porte le centre du regard sur ce « quelque chose « avec une grande précision ; en effet les axones entrants pénètrent dans la couche superficielle du colliculus ; le contact axono-dentritique avec la cellule motrice se fait dans la couche sous jacente , la troisième couche correspondant aux corps cellulaires des neurones moteurs dont les axones rejoignent les noyaux réticulés et au delà les noyaux oculomoteurs qui agiront comme s’ils étaient guidés par deux cartes en correspondance : une sensorielle et l’autre motrice , les deux logées dans le colliculus supérieur ; il y a certes des exceptions à ce déclenchement de saccades appropriées à la cible rétinienne dont celles tout aussi appropriées déclenchées par un bruit et pour lesquelles le rôle du colliculus supérieur est indéniable ; c’est dire qu’il reste encore du travail aux neurophysiologistes pour éclairer complètement ce sujet.

g) Contrôles de l’oculo-motricité par différentes structures complémentaires

1°)Les noyaux gris centraux jouent un rôle important dans la motricité oculaire comme dans la motricité du reste du corps ; pour en comprendre l’utilité il faut revenir à la page « motricité et noyaux gris centraux  » qui montrait leur rôle essentiel dans l’initiation au mouvement volontaire (qu’ils renforcent) et à son arrêt (qu’ils accompagnent avec puissance et progressivité) ; pour alléger cette page on avait éludé le rôle du noyau caudé mais qui a la même utilité pour l’oculomotricité que le noyau lenticulaire pour la motricité générale ; le noyau caudé est directement relié au colliculus supérieur.

2°)Le vestibule et le cervelet. fig 28

Le système vestibulaire de l’oreille interne joue un rôle important dans l’orientation automatique et rapide du regard (voir page sur les voies vestibulo-spinales) ;

il est en effet sollicité par les changements brusques de position de la tête et notamment par sa rotation; en effet quand on fixe une cible une chute du corps ou une rotation de la tête n’empêche pas en principe le regard de rester fixer sur la cible , du moins si la perte d’équilibre ou le mouvement ne sont pas trop violents et si la fixation reste nécessaire; il s’agit là d’une protection contre l’abandon d’une fixation qui peut avoir des conséquences fâcheuses dans certaines conditions ; ainsi une rotation brusque de la tête de droite à gauche stimule le labyrinthe (L) du côté de la rotation (ici le gauche) ; les influx sont dirigés vers le noyau vestibulaire (nv) homolatéral situé à la jonction bulbe rachidien-protubérance ; l’influx est transmis à la FRP controlatérale provoquant la rotation externe de l’oeil G par l’intermédiaire du VI et interne de l’oeil droit par l’intermédiaire du croisement de la bandelette longitudinale postérieure (BLD) vers le noyau du III . Ainsi le regard tourne horizontalement vers la gauche maintenant le regard sur la cible ; l’activité du noyau vestibulaire est de plus modulé par le lobe floculo-nodulaire (lfn) du cervelet (C) avec lequel il entretient des liens étroits (voir page motricité et cervelet)

h) Particularité des mouvements de poursuite oculaire et nystagmus

La poursuite du regard peut s’envisager de façon volontaire ou reflexe:

– De façon volontaire il s’agit de la volonté de suivre une cible mobile dans le champ visuel qui peut être lente ou rapide mais pas instantanée (ce cas étant réservé au vestibule traité ci dessus) ; pour les deux autres le rôle est encore dévolu au champ oculomoteur frontal ; il est facile pour le COMF si le déplacement est lent ; plus compliqué et nécessitant une adaptation si il est rapide ; ainsi au début le regard est toujours un peu en retard , retard qu’il rattrape très vite dès que la vitesse réelle du déplacement de la cible a été bien évaluée.

De façon automatique il s’agit des nystagmus (étymologie : » inclinaison »): il existe deux sortes de nystagmus physiologiques à différencier des nystagmus pathologiques étudiés par les neurologues:
le nystagmus optocinétique se produit lorsqu’une cible est déjà fixée et se déplace lentement soit du fait de son propre déplacement soit du déplacement du sujet par rapport à la cible : l’exemple le plus classique est de regarder défiler un paysage à la fenêtre d’un train qui roule ; le regard est toujours attiré à un moment ou un autre par une cible sur laquelle il se fixe ; avec le déplacement du train le regard se laisse emporter dans le sens inverse jusqu’à ce que la cible perde sa visibilité ; le regard retrouve alors sa position de départ par l’effet d’une saccade automatique et ainsi de suite.
-le nystagmus vestibulaire est celui décrit ci -dessus lors d’un déplacement imprévu et/ou très rapide de la tête dans une rotation horizontale qui amène la rotation des yeux dans le sens inverse .

2 – Motricité intrinsèque et accommodation

Fig 29

La motricité intrinsèque concerne aussi bien l’adaptation réflexe de l’œil à l’intensité lumineuse qui l’environne que sa capacité à favoriser une bonne convergence des rayons lumineux sur la rétine pour obtenir l’image la plus précise possible; ces deux fonctions sont dans certaines circonstances indépendantes , dans d’autre complémentaires ; elles utilisent des voies nerveuses communes dans leur partie effectrice mais pas toujours dans leur partie afférente expliquant qu’elles peuvent être atteintes séparément.

1°) Le réflexe photomoteur est la réduction des orifices pupillaires à l’augmentation de l’intensité lumineuse ambiante ; en effet trop importante celle-ci diminue la capacité discriminante des cellules visuelles de la rétine , voire peut les endommager ; les afférences atteignent l’aire 19 (cf plus haut) puis une formation parasympathique (p ∑) située très à proximité du noyau du III ; les filets nerveux issus de cette formation empruntent le trajet du III jusque dans la cavité orbitaire où ils s’en détachent pour atteindre un noyau neuro-végétatif , le ganglion ciliaire (GC) ; de là les fibres para∑ (en vert) pénètrent le globe oculaire par les nerfs ciliaires courts (ncc) et atteignent au bord le plus central de l’iris le muscle constricteur de la pupille (mcp) qui réduit le diamètre pupillaire et limite le passage des rayons lumineux ; ce réflexe normal est très facile à étudier en clinique à l’aide d’une petite lampe ; signalons qu’il est bilatéral : les deux pupilles se contractant ensemble même si une seule est éclairée.

2°) Le réflexe d’accommodation proprement dit se produit quand un objet est regardé de près : il comprend plusieurs mécanismes associés :
la rotation interne des deux yeux pour amener les deux fovéas dans l’axe visuel de la cible : la mise en action des deux muscles droits internes est assurée par les deux III ; cette mise en action étant connectée par des voies sans doute différentes de celles du réflexe photomoteur bien qu’émanant assurément des aires visuelles
la contraction du muscle ciliaire (mc) est produite elle aussi par les fibres para∑ issues des 2 ganglions ciliaires (GC- un de chaque côté-) précédemment décrits; (voir pour plus de détails sur le muscle ciliaire la page A de la vision) ; cette contraction provoque le relâchement des fibres zonulaires et donc le bombement adéquat du cristallin qui augmente sa convergence
le plus souvent une contraction de la pupille par le même mécanisme que celui décrit avec le réflexe photomoteur mais pour des raisons différentes ; en effet la vision de près rend difficile une convergence précise des rayons lumineux sur la rétine et cela malgré le travail du cristallin ; le fond de l’oeil étant rarement parfaitement sphérique , une large entrée des rayons lumineux issus de la cible visuelle peut créer une convergence en taches plus qu’en points précis sur la rétine; la contraction des pupilles limite alors ce risque .

Enfin il faut faire mention des fibres sympathiques (en orange) qui arrivent des ganglions sympathiques du cou, entourant la carotide interne (∑CI) ; elles aussi pénètrent dans la cavité orbitaire ; certaines se dirigent directement vers le globe oculaire formant les nerfs ciliaires longs (ncl) ; d’autres vont vers le ganglion ciliaire (GC) dans lequel elles ne font pas relais et sortent en se mêlant alors aux nerfs ciliaires courts (ncc) d’origine para ∑ ; quel que soit leur trajet elles se dirigent toutes vers l’iris et son muscle dilatateur de la pupille (mdp) situé en périphérie de l’iris et jouant le rôle opposé quoique moins important à celui du système para∑ ; son rôle dilatateur est utile en vision de loin mais surtout en vision sous faible luminosité nécessitant l’entrée du maximum de lumière .

 

 

 

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Sensibilités superficielle et profonde de la tête et nerf trijumeau

Les nerfs trijumeaux ou cinquième paire des nerfs crâniens (V) assurent à eux seuls la majeure partie de la sensibilité de la tête tant au niveau de la face que de l’épithélium de revêtement des cavités nasale , buccale et pharyngée, et des dents ; bien que ce nerf ne soit pas uniquement sensitif , sa partie motrice ne sera pas décrite ici mais avec la motricité de la tête et du cou ; par contre on ajoutera à cette description les fibres sensitives du IX (glosso-pharyngien) et du X (pneumogastrique) en partie connectées avec les noyaux du V et complétant la sensibilité de l’arrière – gorge.

La fig 1

correspond à une vue de la partie antérieure de la base du crâne dont l’essentiel du contenu est absent , sauf en arrière où apparait en vert foncé une coupe transversale du tronc cérébral au niveau de la protubérance (P) dans laquelle le V a son noyau sensitif principal (nspV)en bleu clair et son noyau moteur (nmV) en rouge.

Après un court trajet dans la protubérance le nerf sort du tronc cérébral pour former une formation renflée , couramment appelée ganglion de Gasser et maintenant plutôt ganglion trigéminal (GT) ; il se trouve entre la selle turcique occupée par l’hypophyse (H) -dont ne sont représentés ici que sa tige sectionnée et le recouvrement dure-mèrien de la glande- et la pointe du rocher (R) ; cette excroissance est due à la présence dans le GT des corps cellulaires des neurones sensitifs qui remontent de la périphérie pour rejoindre les 3 noyaux du V situés dans le tronc cérébral et dont on ne peut voir ici que le noyau principal en coupe , les deux autres étant situés au dessus et au dessous . NB /On dit souvent d’un nerf crânien qu’il sort du tronc cérébral ; c’est vrai pour un nerf moteur ou pour un contingent moteur , comme celui indiqué ici en rouge ; mais c’est un abus de langage pour un nerf sensitif qui en fait y entre puisqu’il véhicule des influx nerveux venant de la périphérie et se rendant dans un noyau sensitif. Dans ce cas le corps cellulaire de ses neurones se trouve le plus souvent un peu en aval de son entrée formant ces formations ganglionnaires en dehors du tronc cérébral. Le volume particulier du ganglion trigéminal est lié au nombre très important de neurones qui remontent les influx périphériques par les trois gros nerfs du V.

Ces trois gros nerfs se détachent en effet en avant formant le nerf ophtalmique (NOP) , le nerf maxillaire supérieur maintenant appelé seulement nerf maxillaire (MAX) et le nerf maxillaire inférieur maintenant appelé nerf mandibulaire (MAN).

Dans l’exposé concernant les fig 1,2, 3 et 4 on a donné à chacun des trois nerfs une couleur bleue différente pour faciliter les repérages anatomiques et cutanés correspondants

Le nerf ophtalmique ( NOP)

fig 1

C’est celui dont le trajet est le plus haut situé et le plus médian : il pénètre dans la cavité orbitaire par la fente sphénoïdale (fs) ; par cette même fente pénètrent également les nerfs moteurs de l’oeil non représentés ici ( voir page correspondante) alors que le nerf optique (NO) y entre par un orifice à part plus interne : le canal optique (co); dès ce passage le nerf ophtalmique se divise en ses trois branches :

-la plus externe est le nerf lacrymal (nl) qui se dirige vers la glande lacrymale (gl) située à l’angle supérieur et externe de l’orbite ; il s’y ramifie avant de s’épanouir à la partie externe de la paupière supérieure qu’il innerve.

-la plus interne est le nerf nasal (nn) ou naso-ciliaire qui donne de nombreuses collatérales pour le globe oculaire ( go), les os ethmoïde (oe) et sphénoïde – notamment le sinus sphénoïdal (ss fig 5)- et des branches terminales : certaines pour la peau de la région inter-sourcilière et des parties médiane et inférieure du nez ; d’autres pénètrent les fosses nasales (fn fig 5) pour la sensibilité (et non la sensorialité – voir olfaction- ) de la muqueuse nasale.

-un peu plus externe au nerf nasal se trouve le nerf frontal (nf) dont le territoire est surtout cutané ; il n’a quasiment pas de collatérale et après avoir traversé de part en part la partie haute de l’orbite il se divise en ses deux branches terminales : frontale externe (ou nerf sus-orbitaire –nso-) et frontal interne (nfi) pour la peau du front , de la racine du nez et de la majeure partie de la paupière supérieure.

 

Le nerf maxillaire (MAX)

fig 2

C’est la branche moyenne innervant les structures du maxillaire supérieur ou os maxillaire (om) ; il quitte la base du crâne par un orifice un peu externe à la fente sphénoïdale : le trou grand rond ( tgr) : cette sortie l’amène dans un espace situé entre l’apophyse ptérygoïde -apt- ( étym: en forme d’aile) et l’os maxillaire : c’est l’espace ptérygo-maxillaire (eptm). Il gagne alors la face supérieure de l’os maxillaire ; contenu d’abord dans une simple gouttière osseuse il entre ensuite dans un canal osseux dit sous-orbitaire ( cso) dont il sortira par le trou sous orbitaire (tso) situé sur la face antérieure de l’os maxillaire au dessous de l’orbite ; il donne alors ses branches terminales pour les plans superficiels de la paupière inférieure , le côté latéral du nez , la pommette , une partie de la joue et la lèvre supérieure .

Dans l’espace ptérygo-maxillaire il donne de nombreux nerfs pour les structures de voisinage , notamment les fosses nasales , la muqueuse du rhino-pharynx et du voile du palais. Ces filets nerveux aux trajets complexes ne sont pas représentés sur le schéma.

Dans la gouttière et le canal sous-orbitaires il donne les rameaux dentaires : dentaires postérieurs (dp) pour les molaires et les prémolaires ; dentaires antérieurs (da) pour incisives et canine ; dentaire moyen (dm) pour certaines prémolaires ; néanmoins ce rameau moyen est souvent absent et toujours remplaçable par les anastomoses entre rameaux antérieurs et postérieurs.

 

Le nerf mandibulaire (MAN)

fig 2

Le nerf mandibulaire est dédié au maxillaire inférieur (actuellement os mandibulaire –omd-) ; il quitte la base du crâne par le trou ovale (to) le plus latéral des trois ; sa particularité à ce niveau est d’être accompagné par la racine motrice du V (rm) destinée aux muscles masticateurs mais dont il ne sera pas question dans cette page .En dehors du crâne il se retrouve en arrière de l’apophyse ptérygoïde.

Sa première branche sensitive est le nerf auriculo-temporal (nat) qui se détache très rapidement en arrière à la face profonde de la loge parotidienne par une boucle concave vers le haut amenant le nerf à contourner l’articulation temporo-mandibulaire ; il passe alors devant le conduit auditif externe (cae) avant de donner de nombreuses branches terminales destinées à la tempe , les parties antérieure de l’oreille et postérieure de la joue; chemin faisant il a donné de nombreux filets à l’articulation temporo-mandibulaire , à la parotide , au conduit auditif externe et à la membrane du tympan.

Un peu plus bas il se divise en deux branches : une antérieure et située en dedans de la mandibule correspond au nerf lingual (nli); l’autre plus postérieure , le nerf alvéolaire inférieur (nai) pénètre dans un canal osseux de la mandibule , la canal dentaire (cd) .


– Le nerf lingual
est par définition le nerf de la sensibilité de la langue ; sa particularité vient de la liaison qu’effectue avec lui à sa partie haute une structure nerveuse très importante : la corde du tympan qui est une collatérale détachée du nerf facial (VII) contenant à la fois des fibres sensorielles pour la langue (cad pour le goût) et des fibres sécrétoires pour les deux glandes salivaires situées à proximité de la langue ; les fibres sécrétoires se détachent du nerf lingual sous la langue pour rejoindre les glandes salivaires qu’elles innervent mais les fibres sensorielles lui restent unies de sorte que le nerf lingual délivre à la langue un contingent sensoriel ayant pour origine un noyau du nerf facial et un contingent sensitif celle des noyaux du trijumeau ; cette particularité est décrite plus en détail à la page goût et olfaction ; sur ce schéma été seulement indiquée par une ligne pointillée renforcée le raccordement de la corde du tympan (sensorielle et sécrétoire) au nerf lingual.

-Le nerf alvéolaire inférieur pénètre dans le canal dentaire assez haut dans la mandibule comme le montre les deux coupes étagées de l’os sur la fig 2 ; il donne son innervation aux dents de la mandibule ; une branche terminale , le nerf mentonnier (nme) sort de l’os à proximité du menton pour innerver les plans superficiels de la région mentonnière dont la lèvre inférieure.

Synthèse de la sensibilité superficielle et profonde de la tête d’origine trigéminale

Les fig 3 et 4

montrent les zones distinctes de sensibilité superficielle du visage pour les trois branches du trijumeau : en bleu clair celle donnée par le nerf ophtalmique ; en bleu foncé par le nerf maxillaire et en bleu-violet par le nerf mandibulaire ; le nerf trijumeau est donc essentiellement le nerf du visage même si la partie basse et postérieure de la région mandibulaire lui échappe ; les régions laissées en blanc sont en effet sous la dépendance des premiers nerfs cervicaux issus de la moelle épinière cervicale et non des nerfs crâniens.

La fig 5

représente les régions profondes de la tête dont la sensibilité (et non la sensorialité une fois encore ) dépendent du trijumeau ; est utilisé sur ce schéma une seule couleur bleue pour les marquer car , comme vu dans la description anatomique des 3 nerfs, il y a un chevauchement assez important des différents filets nerveux qui en sont issus , ce qui rend difficile une description exacte des territoires innervés par chacun d’eux.
On voit y cependant que le nerf trijumeau contribue largement à l’innervation de la dure-mère (dm) dans ses trois-quarts antérieurs ; le quart postérieur étant sous la dépendance de rameaux cervicaux d’origine médullaire ; de ce fait il est à l’origine de la plupart des douleurs méningées provoquées par les infections ou les hémorragies dans ces territoires; l’origine des rameaux méningés (rme) est indiquée sur la fig 1 chacune des trois branches y participant en envoyant leurs rameaux juste avant leur sortie de la base du crâne.
On y voit aussi son territoire sensitif dans les sinus frontal (sf) et sphénoïdien (ss) , dans les fosses nasales (fn) , dans la cavité buccale (cb) et même dans l’arrière-gorge ( pharynx -ph- et larynx -la-) ; pour ces deux derniers territoires le trijumeau reçoit l’aide des nerfs IX et X dont les modalités seront décrites un peu plus loin.

Les trois noyaux du trijumeau

fig 6

Le noyau principal est le noyau pontin (np) car situé en pleine protubérance ; c’est celui qui reçoit les terminaisons des neurones assurant la sensibilité mécanique et discriminative venant essentiellement des territoires cutanés et notamment des différents récepteurs déjà décrits avec la sensibilité générale ; la seule différence ici étant son origine faciale ; elle est représentée sur le schéma par la ligne bleue continue et par le sigle sd ; il est très important de préciser que ces trajets correspondent aux trois branches et non à une branche particulière , les trois noyaux étant ensemble les points d’arrivée de chaque branche et aucun noyau n’étant dédié à une branche particulière : c’est ce que le schéma tente de montrer même s’il n’a pas été possible de prolonger les différents axones afférents qui l’auraient rendu illisible.

Un long noyau sous-jacent est le noyau spinal (ns) car il s’étend en longueur comme un ruban jusqu’à la partie haute de la moelle ; il reçoit schématiquement les axones des nerfs qui recueillent les tacts grossiers , thermiques et douloureux ; leur trajectoire est marquée par les lignes pointillées et le sigle sg.


Ces deux types de voie neuronale ont leurs corps cellulaires à l’intérieur du ganglion trigéminal (GT).

Le troisième noyau est situé au dessus dans le mésencéphale et prend le nom de noyau mésencéphalique (nmes) ; les voies qui s’y terminent transmettent la sensibilité proprioceptive , cad celle qui vient des muscles , des tendons et des ligaments ; elles sont indiquées par des lignes de points et le sigle sp ; bien qu’existantes pour les trois branches elles concernent essentiellement la branche mandibulaire (seule indiquée sur le schéma) car elle transmet l’essentiel de la sensibilité proprioceptive des muscles masticatoires (mm) , ces derniers ayant leur motricité sous la dépendance du nerf moteur qui accompagne le nerf mandibulaire et dont on a déjà signalé le trajet d’origine plus haut . Une des caractéristiques de cette voie proprioceptive est d’avoir le corps cellulaire de leurs neurones non dans le ganglion trigéminal mais dans le noyau lui-même.

Cette description reste cependant un peu trop schématique notamment en ce qui concerne les différences entre le noyau principal et le noyau spinal ; en effet ce dernier reçoit aussi des fibres discriminatives surtout dans sa partie haute notamment pour la cavité buccale ;

plus bas (fig 7) le noyau spinal reçoit des fibres sensitives passant par des rameaux du IX et du X qui se dirigent vers le noyau solitaire (nso) lui même étant le noyau sensoriel des VII , IX et X ; cependant celles qui se terminent dans le noyau spinal donnent à ce dernier un rôle dans la sensibilité de l’arrière-gorge .
Il semble enfin que les fibres qui véhiculent les messages douloureux soient celles qui se terminent le plus bas dans ce noyau.

Trajet noyaux -aires corticales des influx du trijumeau sensitif 

La fig 7

donne une vue très schématique de la face antérieure du tronc cérébral et d’une coupe frontale de la partie inférieure de l’hémisphère gauche à l’aplomb de l’aire sensitive pariétale (nb : bien prendre en compte que le schéma est vu de face et comme lorsqu’on regarde un visage de face ce qui est à notre droite est à gauche et inversement ;  pour plus de facilité utiliser les flèches directionnelles  en rouge); en effet les neurones de deuxième ordre qui quittent les trois noyaux du nerf trijumeau (ici le droit) vont comme presque tous les autres neurones sensitifs de deuxième ordre croiser la ligne médiane pour atteindre le cortex opposé (ici le gauche) ; en cela ils suivent le même chemin , décalé en hauteur, que les neurones sensitifs de deuxième ordre issus de la moelle épinière , cad du reste du corps : ceux-ci sont représentés par deux traits fins : le plus externe correspondant au lemnisque spinal (ls) qui a croisé la ligne médiane au niveau médullaire et se trouve donc déjà entièrement à gauche ; le plus interne ou lemnisque médian (lm) a croisé la ligne médiane dans le bulbe et se trouve lui aussi à gauche au dessus de ce croisement ; ces deux faisceaux rejoignent le noyau ventro-latéral du thalamus (nvlt) d’où partiront les neurones de troisième ordre à destination du cortex pariétal sensitif (voir pages sur la sensibilité); les neurones issus des trois noyaux du trijumeau croisent donc eux aussi la ligne médiane (traits bleus appuyés) pour se réunir en un faisceau unique: le faisceau trigémino-thalamique (ftt) qui , encore plus interne que le lemnisque médian , rejoint le noyau thalamique adjacent dit ventro-médian (nvmt). De là les neurones de troisième ordre se projettent sur la partie basse du cortex pariétal sensitif dédié à la tête , cavités nasales , buccales et oropharynx compris.

Deux particularités doivent être signalés : celle de la projection des neurones de deuxième ordre transférant la sensibilité douloureuse à partir du noyau spinal vers la substance réticulée (SR en orange) comme c’est également le cas pour la sensibilité douloureuse du reste du corps ; et celle de la projection de certains neurones issus du noyau mésencéphalique (dont on rappelle le rôle proprioceptif) vers un noyau dit supra-trigéminal (nstg) en vert qui imprime , en fonction des influx musculaires proprioceptifs qu’il reçoit des muscles masticateurs, un rythme masticatoire en grande partie automatisé et dirigé vers le noyau moteur du trijumeau (nm) en rouge sur le schéma : cela explique le caractère automatique du mâchonnement tant que persiste un bol alimentaire perceptible dans la bouche.

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