Patrick


Patrick Lefèvre a été le premier Président de l’AFTC Gironde ; à ce titre on peut même dire qu’il fut le premier président de toutes les AFTC, puisque l’AFTC Gironde fut la première créée sous l’impulsion du Pr Cohadon et du Dr Richer.

Nous reproduisons avec son accord un texte qu’il avait lui-même rédigé et qui retraçait son parcours de traumatisé crânien ; il l’avait intitulé :

” Retour à la vie.”

 

“Dès qu’il est redevenu conscient , Patrick a su que sa deuxième vie ne se passerait pas sans ombrage. Même s’il l’a prise à bras le corps , il ne s’attendait pas à ce que la lutte soit si longue et que cette lutte allait concerner également sa famille , ses proches et son entourage. Après ses vingt jours de coma et ses trois mois et demi d’hôpital , une fois sa rééducation achevée , le plus dur restait à faire.

En effet , le bébé de 29 ans qu’il était devenu devait réapprendre à parler , à écrire , à lire , enfin tout ce qu’un enfant de six ans fait journellement.

L’âge , il s’en foutait.

Par contre , il pensait à son passé professionnel , à tous ses diplômes obtenus ; il pensait à cette courbe ascendante qu’il était en train de gravir , à son dernier poste professionnel : “Directeur d’une Centrale d’Achats”. Le 19 mai 1979 , la courbe s’était brisée.

En effet , ce que l’on ne peut souhaiter à personne lui était arrivé : “l’accident de voiture”. Boum!   d’abord le choc avec une voiture puis le camion qui le traîne sur vingt mètres. Comme toujours en plein brouillard , les longues lignes droites des Landes sont mortelles. On l’avait cru mort.

Après l’intervention du SAMU, qu’il remercie encore , ainsi que les professeurs , médecins , infirmières et aides-soignantes de l’hôpital Layne de Mont- de- Marsan , il était , onze jours après, transporté d’urgence en hélicoptère à l’hôpital de Bordeaux.

Ce n’était pas ses fractures : crâne , côtes , épaule , hanche , ni sa rate éclatée , son enfoncement du thorax , son traumatisme abdominal , éventration , multiples problèmes urinaires , enfin tout ce qu’il faut pour faire un homme qui était la cause de son transport au Tripode , mais c’était un problème respiratoire et un début d’hémiplégie côté droit.

Enfin , comme il n’était pas seul dans ce cas , inutile de s’étendre davantage ; parlons plutôt des familles qui vivent cette période et découvrent un être cher dans le coma.

Le Coma ! Quelle incertitude pour les familles!

Va-t-il se réveiller? L’attente est longue et pénible à supporter.

Pourtant , cet être qui dort profondément doit être réveillé et , même si les visites sont dures à supporter , même si l’autre monde dans lequel il vit nous isole de lui , vous devez absolument parler , évoquer les souvenirs qui ont pu marquer sa vie de tous les jours et répéter , répéter sans cesse , sans avoir de réponse , des paroles dans le vide ; un monologue qui va , à un certain moment ,provoquer une étincelle dans sa nuit , le rappeler à la vie consciente.

Vous devez participer et déclencher le réveil de l’accidenté. Je sais que ce n’est pas facile et trop souvent , comme vous vous pensez inutile et dans le désarroi , vous en voulez aux personnes du service qui , elles , n’y sont pour rien.

Faites confiance aux équipes qui l’entourent.Aux équipes qui , tout au long de leur travail , font parler leur coeur , leur technicité , leur joie ou leur peine.

Aujourd’hui , six ans après son accident , Patrick est Président de “l’Association de Familles de Traumatisés Crâniens” et , en contact avec le personnel du service de réanimation , il découvre encore dans la vie quotidienne , le travail , la patience et l’aide qu’apporte le personnel de ce service de réanimation qui vit l’angoisse des familles.

Alors lui, qui a vécu cette période , visite les accidentés dans les services de réanimation , soins intensifs et dans différents services concernés et c’est avec amour qu’il aide les familles qui habitent loin de Bordeaux et qui ne peuvent se déplacer tous les jours.

Cette aide à court terme est importante. Elle réconforte le coeur des familles qui subissent cette dure épreuve et , de plus , elle les prépare à supporter et à accepter les différentes étapes que le blessé aura à suivre par la suite.

Le  réveil

Il ou elle se réveille:

Ça  y est , il ouvre les yeux mais ne reconnait pas ceux qui l’entourent!

Il dit n’importe quoi !

Alors , en pleurant  , ses proches pensent qu’il sera fou toute sa vie. Attention ! Ne dites pas n’importe quoi ! Fou , il ne le sera pas.

Il est en train de passer la deuxième phase.

Et  là , toujours et même plus que pendant la période de coma , ses proches vont lui parler normalement  et non pas comme l’on parle à un bébé.

C’est un homme , c’est une femme .Même s’il ne vous a pas reconnu , même s’il ne vous le demande pas , il est avide de vous entendre.

Vous devez participer activement au réveil et le solliciter au maximum.

Même si chaque blessé est un cas particulier , pour la plupart d’entre eux , les phases qu’ils vivent et qu’ils vous font vivre sont normales.

Patrick les a traversées et la phase de réveil a parfois fait rire sa femme et ses amis lorsqu’il confondait “fromage et draps de lit , glace et veste” etc…Ne vous inquiétez pas de cette confusion et faites abstraction des mauvaises idées qui vous rongent bêtement l’esprit.

Quand il sort du service de réanimation , il est dirigé dans la salle de soins intensifs ou dans une chambre des services concernés par ses troubles.

Alors, même scénario , il faut continuer la stimulation de votre blessé avant qu’un Centre de Rééducation , à Cénac ou ailleurs puisse le recevoir.

Avant de poursuivre , j’ouvre une parenthèse.

Connaissant bien le Château Rauzé à Cénac , “Centre de Rééducation pour Traumatisés Crâniens” pour y avoir fait ma rééducation , je vais vous écrire quelques mots à son sujet.

D’abord , lorsque pour la première fois l’accidenté pénètre dans cet établissement ( NB : c’était en 1980!) qui ne compte malheureusement que 25 lits , les familles font la grimace et sont étonnées de l’aspect intérieur qui est loin de rappeler l’architecture d’un hôpital.

Pensant que leur blessé ne pourra s’habituer à ce cadre quelconque , c’est avec un grand désarroi qu’elles le laisse entre ces murs et en présence des autres handicapés plus ou moins atteints que lui. Absurde ! Si vous trouvez que le vin est bon , vous ne regarderez pas si la bouteille est sale et l’étiquette illisible !

Votre enfant , votre conjoint ou parent est entre les mains d’une équipe , une grande famille , dont les compétences , les capacités , l’amour pour les blessés et l’envie de les voir progresser puis partir définitivement chez eux , entièrement rétablis, ne permettent plus de s’attarder et s’inquiéter pour ce genre de détails.

Entourés de médecins , kinésis , orthophonistes , ergothérapeutes , psychologues , psychiatres , infirmières , aides-soignantes , personnel administratif dont l’action doit être étroitement coordonnée , les accidentés auront les meilleurs chances d’arriver à de bons résultats , surtout si vous les y aidez.

C’est cette aide qui est importante et sans doute , au moment où vous confiez votre blessé à l’équipe du Centre , ne comprenez vous pas trop ce que celle-ci attend de vous.

Souvent , les proches me disent :”depuis son accident , il n’a plus de copains , sa fiancée l’a quitté ou sa femme veut divorcer”.

Peu importe .Avant toute chose , l’important , c’est lui . Cette période de rééducation est trop importante.

Lui seul est la Carte Majeure.

Je suis arrivé à Château Rauzé dans un fauteuil roulant. Francis , le kinési , un homme dynamique et qui aime avant tout les traumatisés, m’a fait mettre debout et m’a dit “marche”.

J’ai fait un pas et puis Boum !

Il faut savoir qu’avant l’accident , je pesais 87 kg et qu’après ma sortie de l’hôpital , j’en pesais 49 ; la peau et les os . Il avait bien triste mine le “Directeur”.

Après ma chute , vexé , je l’ai regardé en pensant : “Petit con , je te montrerai que je n’ai pas besoin de toi pour marcher”.

Un autre jour , alors que je m’accrochais aux branches pour faire deux pas , Francis a eu le toupet de me tutoyer et moi , toujours fier de ma personne , je lui rétorquais : “on dit Monsieur LEFEVRE “. Il ricanait et avait compris qu’en moi s’était déclenchée l’envie de me battre et surtout l’envie de lui montrer que j’étais un homme.

Sacré Francis , il avait gagné !

Il avait trouvé le point clé qui me permettrait de faire le maximum dans la rééducation ; si bien que trois semaines plus tard , je marchais tout seul.

Cette leçon , je l’applique maintenant lorsque je suis avec les handicapés de l’hôpital , au Château Rauzé.

Bien entendu , je ne veux pas faire de mon cas une généralité , car je sais que mon handicap ne peut être comparé au handicap d’un autre accidenté.

Mais , il vous faut retenir ceci et c’est très important : chaque accidenté possède un point clé et vous , pére , mère , frère ou épouse devez le déceler  parce qu’il trace cette courbe ascendante qu’il va grimper tous les jours.

 

Date de la dernière modification : 30 avril 2017

 

 

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