Les parents de Christophe

Christophe a eu “son” accident il y a 24 ans. inutile de m’appesantir sur ce que dans l’Association tout le monde a vécu et ressenti en pareille circonstance.

À l’hôpital de Bayonne ou il fut conduit, nous avons eu la chance -si l’on peut dire- d’être pris en charge par le Dr Caussade qui travaillait au service de réanimation : nous les parents, complètement assommés par l’accident, l’environnement et des complications d’un coma que l’ on avait imaginé paisible.

Est arrive pourtant le jour ou on nous a dit : “Il va vivre”. Il avait survécu aux opérations d’urgence, aux infections, mais dans quel état !! La question se posait “Qu’allez vous faire ?” Il vivait, il avait plus ou moins repris ses esprits, la suite nous semblait une ligne droite mais en réalité nous étions dans le noir le plus absolu.

“Il ira à Château Rauzé” a dit Mme Caussade. Et nouvelle chance dans notre malheur, il est allé à Château Rauzé. Au fur et à mesure de ses progrès nous avons recouvré nos esprits, pas forcément notre lucidité.

Après les premiers progrès spectaculaires, nous nous sommes pris à espérer que, peut-être, malgré quelques séquelles qui nous semblaient irréversibles, sa vie pourrait reprendre le cours d’avant. Le temps qui passait nous paraissait être d’ailleurs un allié.

Au bout de vingt et un mois la question s’est naturellement reposée : Que faire ? Un essai à St Hilaire du Touvet : pourra-t-il reprendre ses études ? St Hilaire du Touvet, sanatorium des années 1930, s’était bien sûr reconverti dans l’aide aux étudiants en difficulté après l’interruption de leurs études. Évidemment pas de traumatisés crâniens dans le programme . Échec.

Installation à la maison. On ne peut pas parler de retour puisque Christophe nous avait quittés pour ses études et comme nous avions déménagé en vue de notre retraite, il n’avait même jamais vécu dans cette maison, ni dans cette ville. Vague organisation avec un emploi de temps où il avait intégré, selon son désir, cours de flûte et dessin à l’École des Beaux-Arts. Même si cela ne démarrait pas trop mal, tout ceci n’était guère structuré et le moindre incident faisait capoter l’un ou l’autre de ses nouveaux projets.

Pendant ce temps, sous l’égide du Dr Richer, l’ A.F.T.C. Gironde était née. Bien sûr nous avons adhéré, mais notre adhésion était surtout une adhésion d’espoir et de sympathie. Bordeaux nous semblait trop loin et nous ne nous déplacions que pour les Assemblées Générales.

lncités par Mme Caussade, nous avons cependant assisté à toutes les réunions organisées par le Professeur Cohadon et le Dr Richer pour nous expliquer “le traumatisme crânien”, ce qui nous aidait à comprendre un peu mieux ce que nous vivions.

Le groupe bordelais de l’ A.F.T.C. ne se satisfaisait pas de cette situation. Un Centre de Jour -informel sans doute mais efficace- puis un C.A.T. ont été créés.

Christophe, sollicité, a décidé de rentrer au C.A.T. : il recherchait une régularité et une sécurité que son séjour à la maison en tête à tête avec ses parents ne lui donnait pas. Comme il n’y avait pas d’internat prévu, comme il était incapable d’assumer seul sa vie dans un appartement, nous nous sommes installés tous les deux dans une H.L.M. non loin du C.A.T. Nous y sommes restés 17 ans.

Notre domicile familial étant à Anglet à 190 km et mon mari ayant refusé de déménager à Bordeaux, nous avons fait la navette chaque semaine, tantôt l’un, tantôt l’autre. La durée de notre séjour variait ; elle allait de la semaine entière à un jour ou deux jours, selon l’état moral et physique de Christophe, s’il lui permettait de passer une ou deux soirées seul.

C’est alors que Mme Richer a mis en place le S.M.A.T.C. et son association accompagnatrice “T.C.A.” qui gère les tierces personnes mises à disposition des blessés. Les soirs ou nous n’étions pas là, une “tierce” venait donc s’occuper de Christophe. Cela semblait une solution satisfaisante mais hélas nous ne pouvons arrêter le temps et le vieillissement.

Parallèlement à l’initiative de Mme Richer, gérée par l’ A.F.T.C., une maison pour 4 traumas avait été inaugurée. Un malheureux concours de circonstance avait interrompu l’expérience, mais il en aurait fallu bien davantage pour décourager Mme Richer et l’ A.F.T.C. Bien au contraire, les maisons ont prospéré et un jour Christophe m’a dit “Une place s’est libérée dans une maison, je veux y aller !”.

Et voilà, Christophe a intégré un collectif. Apparemment le changement s’est passé sans heurts. Il semble être entré dans une nouvelle phase de son existence : il a troqué une indépendance relative contre une plus grande sécurité. Nous avons retrouvé notre rôle de parents ordinaires !!! D’ailleurs à Bordeaux ils sont nombreux à vivre ainsi, grâce à l’encadrement mis en place. Les parents ne sont plus -quand ils l’ont été- le soutien indispensable et exclusif du blessé. Ils sont devenus un élément parmi les autres de leur accompagnement : CAT ou CAJ, SMATC et maisons individuelles et collectives. Ils peuvent envisager sereinement de disparaître.

N’est-ce pas à cela que nous avons œuvré, n’est-ce pas cela que nous avons voulu ?

En même temps, cela représente pour nous trois 22 ans d’évolution, 22 ans de recommencements et de réajustements de vie pour Christophe, 22 ans de renoncements pour nous les parents.

Heureusement, le parcours de vie des nouveaux traumas sera tout autre à Bordeaux et même sur la Côte Basque. N’est-ce pas, au vu de ces interminables itinéraires d’antan, ce que l’on peut appeler une réussite -relative bien sûr- (avec les traumas tout sera toujours relatif).

Tout ce parcours n’a cependant été possible que grâce aux initiatives de Mme Richer, à l’action de l’ A.F.T.C. Gironde dont les présidents successifs, appuyés par un noyau solidaire, ont maintenu fermement le cap.

Nous leur disons un grand merci.

 

Date de la dernière modification : 28 avril 2017

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